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Des hommes illustres

C'est dans le château bâti par les seigneurs de Melun que le célèbre comte Gabriel Honoré de Mirabeau vit le jour le 9 mars 1749.

Son père, le Marquis Victor de Mirabeau l'avait acquis en 1740 sur le conseil d'un ami.

Les travaux entrepris par le Marquis au Bignon furent considérables : d'après Humbert de Montlaur, "le château est entièrement refait, on meuble les appartements, les pacages sont mués en prairies, on change le cours d'une rivière, on plante, on creuse, on dessine un parc".

Au château du Bignon, autour du Marquis de Mirabeau, se réunissaient les physiocrates, dont Dupont de Nemours (évoqué dans notre épisode sur Chevannes). Ces adeptes des théories de Quesnay, prônaient la connaissance et le respect des lois naturelles comme principes organisateurs de la société. L'agriculture y tenait un rôle prépondérant. Ainsi, ils créèrent au domaine du Bignon les premières prairies artificielles permettant de nourrir le bétail qui, en période de sécheresse, devait se contenter des feuilles d'orme que leur cueillaient les paysans. En 1789, le Marquis de Mirabeau vendit le château du Bignon.

Le troisième château du Bignon et La famille O'Connor

Adrien Jean-François Duport acheta le château du Bignon au Marquis de Mirabeau. Député de la noblesse, Duport fut arrêté au Bignon et s'évada grâce à un habitant du pays. Il jugea alors prudent de quitter le territoire et s'enfuit en Angleterre laissant sa femme et ses enfants au château. 

Rentrée en possession du château, Elisabeth Tubeuf le vendit à un citoyen suisse, François de la Fléchère le 23 novembre 1796. Celui-ci ne le posséda pas longtemps : en 1805, Madame de Condorcet, femme du philosophe et ardente révolutionnaire, racheta le domaine du Bignon pour sa fille Elisa.

Elisa de Condorcet avait épousé un Irlandais, Général de Napoléon, Arthur O'Connor. Le couple s'installa au Bignon et s'intégra à la vie de la commune. En 1825, le Lieutenant général O'Connor y faisait fonction de "commissaire voyer gratuit des chemins". Sous Louis-Philippe, le sous-préfet nomma Arthur O'Connor maire du Bignon. Celui-ci était alors âgé de soixante trois ans et n'avait pas le caractère facile. Cependant, c'est durant son mandat que fut créée une école au Bignon en faisant don d'un terrain à la commune afin d'y bâtir l'école. 

Le 25 avril 1852, le Général irlandais O'Connor disparaissait à l'âge respectable de quatre-vingt-cinq ans.

Durant sa vie, son épouse et lui-même eurent à subir la terrible épreuve de perdre trois de leurs enfants. On édifia leurs sépultures dans les bois contigus au château, en un lieu que leurs proches appelèrent "les tombeaux". Le Général fut également enseveli à cet endroit. Les tombes furent ensuite transférées dans le nouveau cimetière où la famille O'Connor fit élever un monument napoléonien imposant en forme de temple grec.

Après le Général, trois générations se succédèrent dans le château avant qu'en 1875, on décide de le reconstruire.

Mademoiselle de Ganay avait épousé Arthur O'Connor, petit-fils du Général. Lorsqu'elle arriva au château du Bignon, elle le trouva vétuste. Ce jugement, sans doute fondé, auquel s'ajoutaient des moyens financiers considérables lui permirent de faire rebâtir un nouveau château à l'emplacement de celui rénové par Mirabeau cent ans auparavant.

Sanson fut l'architecte de la nouvelle demeure dont Duchêne dessina les jardins. De 1880 à 1883, la famille O'Connor vécut dans les travaux. Ils eurent ensuite le plaisir d'emménager dans un ravissant château au charme proustien.

Un château d'écrivain

Leur petit-fils, le poète Patrice de La Tour du Pin, goûta toute sa vie le ravissement de l'endroit. Il puisa son inspiration dans la sérénité du cadre et la proximité de la nature.

Le poète naquit en 1911.

Il perdit son père à la bataille de la Marne, en 1914. Son enfance se déroula dans le château familial entre sa mère et sa grand-mère et sa soeur Phylis, de six ans son aînée. Il n'était âgé que de vingt deux ans lorsqu'il publia son premier recueil, La quête de la joie. En 1938 il publia Psaumes et La vie recluse en poésie. Puis vint la guerre et Patrice de la Tour du Pin fut blessé à la tête et fait prisonnier durant quatre années. Durant cette période d'épreuves il conçut son oeuvre poétique, une somme de poésie, qu'il publia en 1946. C'était le premier volet d'un triptyque dont les suivants parurent successivement en 1959 et en 1971. En 1974 sortit son dernier livre : Psaumes de tous les temps.

Il vécut presque toute sa vie au Bignon avec son épouse Anne de Bernis et leurs quatre filles. Il y mourût en 1975. Sa tombe se trouve au cimetière du Bignon Mirabeau à coté de tous ses ancêtres illustres.

Aujourd'hui le château du Bignon est classé maison d'écrivain. Habitée par sa descendance, celle-ci ouvre les portes de sa maison pour vous permettre de découvrir de belles tapisseries classées et des panneaux décoratifs du XVIIIe siècle, une jolie collection de gravures, une grande bibliothèque que le poète avait aménagée avec son épouse, quelques souvenirs de Condorcet, un hall décoré de trophées des chasses d'Arthur O'Connor ainsi qu’une collection unique de chromolithographies composée par Jacques Ferrand, un ami du poète.